Orwellisme

Pour rebondir sur le récent post de John Evasion sur son blog evasionimaginaire.wordpress.com à propos du court roman de George OrwellLa ferme des animaux, que je n’ai pas (encore) lu et sur les ouvrages oniriques qu’ont pu inspirer les dictatures démentes qu’a engendré le XXe siècle (dans ce cas, le système soviétique qui est aussi une forme de modèle pour l’ouvrage plus connu de l’auteur, 1984 – que j’ai lu, mais il y a suffisamment longtemps pour que je m’y replonge l’un de ces jours), on peut constater que la science-fiction, ce genre réservé aux adolescents et jeunes adultes selon certains (tiens, je ferai un post sur le sujet un de ces jours) a souvent fantasmé sur tous les délires totalitaires que l’on pourrait imaginer.

Je me contenterai d’en citer un seul, récent, d’un auteur qui n’est pas nécessairement reconnu comme un auteur de SF justement, mais qui bâtit bien son monde imaginaire dans cette esprit. Je veux parler de 2084 (le titre à lui seul est une référence) de Boualem Sansal. Ici nous sommes dans un monde où le totalitarisme politique des grandes utopies humanitaires s’acoquine avec l’abjection des dictatures religieuses. Et même si, dans cet ouvrage, il est clairement fait référence à l’islamisme et à l’Iran, il pourrait tout autant s’appuyer sur les nombreuses exactions des églises chrétiennes, qu’elles soient catholiques (l’inquisition) ou protestantes (les buchers genevois de Calvin).

Nous sommes donc en 2084 ou après, on n’en sait rien, car il a été décrété qu’il n’y avait qu’une année, 2084, rien avant et ce qui se passe après est toujours 2084, l’année de la révélation du nouveau dieu Yölah, alors peut-être sommes-nous en 2184 ou 2284, ça n’a pas d’importance.

Nous sommes en Abistan, un immense pays qui pourrait se situer quelque part du nord de l’Afrique aux confins de l’Asie. En dehors de ce pays, il n’y a rien, la preuve, il n’y a pas de frontières, peut-il y avoir une frontière à un pays qui recouvre le monde entier.

Alors pourquoi la guerre ? Alors d’où viennent ces cohortes de prisonniers ? Alors, d’où viennent ces voitures, ces avions dans lesquels se pavanent les dignitaires du régime alors qu’on sait qu’en Abistan il n’y a pas d’industrie, pas de technicien, pas d’ingénieur parce qu’il n’y a pas d’école à part l’école de la nouvelle religion ; de toute façon, la nouvelle langue qui a été créée de toute pièce, faite de peu de mots ne dépassant pas les 2 syllabes, ne permettrait pas d’apprendre autre chose.

Tout le monde espionne tout le monde, dénonce tout le monde et chaque semaine, après la grande prière, des centaines de mécréants sont exécutés en public dans les stades, pendaison, décapitation et tout ce qui peut permettre de donner des morts moins rapides.

Et il y a Ati, un homme encore jeune qui a dû partir très loin de chez lui, dans un sanatorium, soigner une maladie grave. Et là, au cours de son voyage il va découvrir des choses qui ne rentrent pas dans les cases, trop de choses… et le doute va s’instiller en lui. De retour chez lui, guéri, il va poser trop de questions, vouloir voir trop de choses et les comprendre ; et devenir l’ennemi public n°1. S’il est pris, il sera exécuté sans procès et on saura lui faire payer son incroyance par des tortures raffinées sous les acclamations du peuple.

Ati va rencontrer sur sa route d’autres hommes qui se posent des questions, il y en a quand même très peu ; son ami Koa, un révolté de naissance, petit-fils d’un très haut dignitaire, Nas, un archéologue qui a fait des découvertes bien troublantes qui ne s’accordent pas avec ce qui serait leur propre création du monde et Toz, qui collectionne des objets biens curieux venus d’on ne sait où, des tables, des chaises, des assiettes, des fourchettes, des peintures, des livres et plein d’autres choses dont on n’a aucune idée de leur utilité ; et qui cuisine de bien étranges plats aux saveurs inconnues alors que la seule nourriture autorisée en Abistan est la hir, une sorte de bouillie.

Bienvenue en Abistan en 2084… un livre qui fait froid dans le dos, mais qui n’est pas si éloigné de ce que souhaiterait voir advenir certains, fanatiques religieux, fanatiques politiques et la multitude de ceux qui les laissent faire… ou pire, qui leur trouvent des excuses.

2084

 

 

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